Entrevue avec Stephanie Huot

Âgée de 27 ans, Stéphanie Huot n’est pas le genre de femme d’affaires que l’on rencontre tous les jours. À la tête du Complexe Capitale Hélicoptère, c’est d’une main de maître que cette adepte de parachutisme et de moto dirige l’une des plus audacieuses entreprises qu’ait accueillies la ville de Québec. 

Récemment nommée Jeune personnalité d’affaires 2017 dans la catégorie « Administration et gestion » par la Jeune chambre de commerce de Québec, Stéphanie partage avec nous son parcours qui remonte à près d’une décennie. 

Profitez du voyage. 

 

Stéphanie, malgré votre très jeune âge, vous évoluez dans le holding familial depuis près de dix ans. À ce jour, quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fière?

On ne commence pas avec une question facile! (rires)

Toutefois, je pense que c’est tout le parcours accompli avec le Complexe Capitale Hélicoptère, dont je suis directrice générale. Parmi les 24 entreprises du Groupe Huot, c’est certainement l’une de celles qui était la plus ambitieuse à construire.

Nous sommes partis de zéro et avons tout développé. Et là, je vous parle d’une entreprise avec sept unités d’affaires dans cinq marchés complètement différents.

Je me suis donc lancée à fond, avec des lunettes roses, peut-être, mais j’y ai cru. En accédant à la direction, j’ai proposé une vision claire, j’ai mobilisé une centaine d’employés à l’interne et j’ai créé une stratégie de commercialisation solide.

Ensemble, nous avons réussi à créer, bâtir et maintenir une entreprise unique. Rappelons qu’au départ, la population n’y croyait pas du tout. Donc, quand je regarde le chemin parcouru, je me dis que c’est vraiment beau!

Pour vous, les affaires, c’est une histoire de famille. Est-ce qu’être la fille de Stéphane Huot fait une différence?

Oui, bien sûr. C’est évident que le nom de mon père m’ouvre plus facilement certaines portes et me donne accès à un vaste réseau de contacts.

Toutefois, ce n’est pas une baguette magique. Une fois qu’on a de telles cartes en main, il faut en faire bon usage et livrer la marchandise.

Entrevue avec Stephanie Huot

Diriez-vous que cela vient également avec de plus grandes responsabilités?

Sans être dans l’ombre de mon père, il est certain que j’ai beaucoup de choses à prouver. Que ce soit aux équipes, aux partenaires ou simplement à moi-même.

Mais il faut rapidement se sortir du piège de la comparaison et se bâtir sa propre identité. Il faut faire les choses pour soi et non pour « ressembler à ». C’est ce que j’ai fait, moi.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu depuis le début de votre carrière?

Je pourrais en nommer plusieurs! Par exemple, en ayant fréquenté l’École d’Entrepreneurship de Beauce, j’ai reçu plusieurs conseils très pertinents. J’ai également eu beaucoup de coaching de la part de mon père. Mais je pense que ce qui a complètement changé ma façon d’aborder mes méthodes de gestion, c’est lorsqu’on m’a conseillé de m’arrêter.

Étant quelqu’un de très actif au travail, je trouvais cela très contre-productif au début. Mais à force d’appliquer ce conseil, j’ai réalisé que c’était une excellente façon de réaligner mes stratégies et d’améliorer mon rendement.

Pouvez-vous développer davantage?

Certainement! J’ai réalisé, et là je vous parle d’expérience, que lorsqu’on s’arrête, on peut prendre du recul et ensuite, ajuster le tir.

C’est un exercice que j’ai fait avec Capitale Hélicoptère. Je me suis arrêtée, j’ai interrogé les directeurs de mes sept unités d’affaires, et cela m’a permis de me rapprocher de la réalité vécue sur le terrain. J’ai pu comprendre où les actions et les visions différaient. Où il y avait un désalignement relativement à la vision globale de l’entreprise. Cet exercice a été payant puisqu’il nous a permis de connaître une croissance de 33 % par rapport à nos deux années antérieures!

Stéphanie, quelle a été votre plus grande désillusion depuis le début de votre carrière?

Quand j’ai réalisé combien c’était difficile de manager des équipes. À cause de mon tempérament de leader et grâce à mes talents de communicatrice et de mobilisatrice, je pensais que ce serait facile. Oh que non!

Gérer des gens, c’est tout un art. C’est une discipline qu’on nous apprend à l’école, c’est vrai, mais qui se pratique à la dure.

En plus, lorsqu’on a un nombre d’employés important et que l’entreprise est en croissance, la tâche devient de plus en plus complexe. Donc, répartir les tâches, asseoir les bonnes personnes dans les bonnes chaises et assurer une bonne communication, c’est un défi que j’ai trouvé bien plus gros que ce à quoi je m’attendais.

Les ressources humaines, ce n’est pas toujours facile… j’ai donc dû me relever les manches. Une entreprise, ça se bâtit en équipe.

D’ailleurs, à ce propos, mon ami Nicolas Duvernois dit souvent : « L’entrepreneuriat c’est comme l’amour, c’est difficile de réussir tout seul. »

Entrevue avec Stephanie Huot

Lors de votre parcours en affaires, y a-t-il une erreur que vous avez commise et qui vous a marquée?

En fait, il y en a trois! Ce sont des erreurs que j’ai commises en début de carrière et qui, je crois, sont assez répandues.

  1. Prendre des décisions sous le coup de l’émotion : évidemment, c’est quelque chose que l’on apprend à éviter avec l’expérience. En développant ma pensée analytique, j’ai pu constater à quel point c’est un atout redoutable pour prendre des décisions.
  2. S’obstiner à croire que l’on est invincible : plus jeune, on associe parfois un sentiment d’invincibilité au fait de pouvoir tout faire par soi-même. On a même tendance à se sentir moins bon si on s’entoure de gens meilleurs que nous. C’est une erreur qu’il faut éviter le plus tôt possible.
  3. Garder trop longtemps une personne négative dans l’entreprise : c’est l’une des erreurs qui peut avoir le plus de conséquences sur vos équipes. Imaginez-vous un employé très performant… mais qui, pour une raison X (changement organisationnel, conflit avec un collègue ou autre) n’est plus heureux. S’obstiner à le garder malgré ses performances ou son réseau de contacts, par exemple, ce n’est que repousser l’inévitable.Maintenant, quand je fais face à des situations similaires, je me demande deux choses :
  • Si j’avais à réembaucher cette personne, est-ce que je le ferais, avec les informations que j’ai en main maintenant?
  • Si cette personne me présentait sa démission, est-ce que je la retiendrais?Souvent, la réponse vient d’elle-même.

Pour conclure Stéphanie, nous aimerions connaître votre point de vue sur la passion en affaires. Selon vous, s’agit-il d’un ingrédient essentiel à la réussite?

La passion, il en faut, c’est certain. Mais c’est loin d’être le seul ingrédient nécessaire.

J’aime bien dire que la passion, c’est le cœur de l’entrepreneur. Mais pour que celui-ci puisse garder son focus, il est essentiel qu’il fasse preuve de rigueur.

Pour y aller d’une petite métaphore automobile, je pourrais comparer l’entreprise à une voiture. La passion, c’est le gaz. C’est essentiel d’en avoir. Mais la rigueur, c’est ton volant et tes pédales.

J’ajouterais aussi, mais là c’est vraiment un point de vue personnel, que je suis davantage une personne qui carbure aux convictions qu’à la passion. Pour moi, la passion c’est beau, c’est pétillant… mais c’est éphémère. Des convictions, ça permet de déplacer des montagnes et de faire voyager des idées à long terme.

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2017-11-15

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