Entrevue avec Hakim Chajar

Cuisinier, entrepreneur, personnalité médiatique et ambassadeur pour Vision Mondiale au Rwanda, Hakim Chajar est un homme créatif et déterminé que rien ne peut arrêter. Mais son trajet entrepreneurial n’a pas toujours été tracé sur une ligne droite.

Malgré les obstacles, le chef propriétaire de 37 ans a travaillé d’arrache-pied et a pris d’importants risques pour réaliser son rêve. Il est parvenu à ouvrir son restaurant (Miel, situé à Pointe-Saint-Charles) et devenir son propre patron.

Rencontre avec un entrepreneur qui nous explique toute l’importance de se battre pour suivre son chemin.

Hakim, vous avez vécu beaucoup de succès médiatique avec plusieurs émissions culinaires (dont la populaire émission Les Chefs !) qu’est-ce qui vous a donné envie de mettre cette notoriété de côté et vous lancer en affaires ?

Mon exposition dans les médias m’a donné une notoriété qui a aidé à me faire connaître, mais au final, c’était aussi un piège. Je me faisais souvent solliciter par toutes sortes de partenaires qui voulaient surfer sur ma notoriété. J’avais l’impression de me prostituer !

Tous voulaient utiliser une partie de mon talent, de mon nom ou de mon visage… Je n’étais même plus considéré pour ma cuisine ! Je n’étais pas heureux et j’ai décroché. Et 24 heures après avoir quitté mes « partenaires », j’achetais mon futur restaurant, à 150 mètres de chez moi ! Je suis vraiment tombé amoureux avec l’endroit.

Pour y arriver, il a fallu que j’apprenne à me respecter, que j’écoute cette voix dans ma tête qui me disait que je n’étais pas heureux. Il le fallait car je n’en dormais plus la nuit. À la fin, je n’avais même plus envie de cuisiner. Je devais absolument tirer la plug et lancer mon propre restaurant.

Quels sont les principaux obstacles que vous avez dû affronter pour réaliser votre rêve d’avoir votre restaurant ?

Le jour où j’ai finalisé l’achat du local qui allait devenir mon restaurant, j’ai célébré avec des proches. J’ai promis à un ami que j’allais ouvrir mon restaurant à temps pour y célébrer son anniversaire. Près de 50 personnes allaient y être ! J’ai dit oui. Et quand je dis oui, c’est oui jusqu’au bout.

J’avais donc 10 jours, à partir de mon retour du Rwanda, pour préparer le restaurant pour le jour J ! Aussitôt revenu au Québec, on a démarré les gros travaux. Sans blague, je dois avoir dormi 24 heures en 10 jours !

Dans le processus, plusieurs amis sont venus m’aider, ne serait-ce que passer un coup de balai. Le moindre geste aidait. Chacun de mes amis proches a pu collaborer à mon projet. C’était mon bébé, mon rêve, et ils m’ont aidé à y donner vie !

Avez-vous ressenti beaucoup de crainte face à ce nouveau défi ?

Oh oui ! Le premier jour de l’ouverture de Miel, j’avais 52 $ dans mon compte bancaire ! Je pleurais intérieurement. J’étais ruiné au moindre pépin.

Après avoir acheté mon restaurant, j’étais donc excité, mais aussi très anxieux, notamment parce qu’il était situé dans un quartier peu achalandé. Je prenais de longues marches le soir le long du canal Lachine pour chasser l’angoisse.

Quand j’ai ouvert le restaurant pour l’anniversaire de mon ami et que j’ai vu ces 50 personnes faire la fête jusqu’à 5 heures du matin, j’ai craqué. J’ai laissé sortir toute la pression d’un coup. J’ai pleuré de joie. J’avais réussi à démarrer mon projet !

Entrevue avec Hakim Chajar

Quelles ont été vos principales sources d’inspiration ?

Mon défunt père ! Il a élevé 10 enfants et a démarré des entreprises très jeune en partant de rien. Il lui est arrivé de tout perdre, mais il s’est relevé pour mieux reconstruire. Il a été un modèle important pour moi.

Quel rôle jouent tes racines marocaines dans tes valeurs et ta vision entrepreneuriale ?

Je suis arrivé au Québec à 12 ans, donc la majorité de ma vie s’est déroulée ici. Je dirais que mes valeurs me viennent de mon éducation, d’une part, mais bien sûr avec le temps on intègre d’autres valeurs et d’autres principes de vie de notre pays d’accueil.

Ma vision est simple : il faut tracer son chemin et avancer, personne ne peut le faire à notre place. Les excuses, c’est pour les faibles ! Il faut aller jusqu’au bout, peu importe les obstacles.

Aujourd’hui restaurateur à succès, Hakim doit cependant continuer de se battre. Au moment d’écrire ces lignes, il prépare la réouverture de son restaurant, ayant été la cible de deux cambriolages en une semaine.

Parions cependant qu’il rouvrira fièrement ses portes en moins de deux !

 

5 0
2019-02-07

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

You may use these <abbr title="HyperText Markup Language">html</abbr> tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

*